CHÂTEAUX DES CROISÉS

                                        DES AVANT-POSTES ISOLÉS, UNE CHUTE INÉVITABLE

Château de Beaufort en 1913. © Temple de Paris
Château de Beaufort en 1913.

La chute des châteaux croisés au profit des Mamelouks mérite quelques explications. Comment ces structures magnifiques, dont la construction a coûté si cher et a demandé tant d'efforts, faisant appel aux toutes dernières conceptions militaires de l'époque et défendues par des hommes d'un courage à toute épreuve, ont-elles si rapidement capitulé ou été capturées ? Les réponses sont multiples, car il s'agit d'une combinaison de facteurs.

 

Le château templier de Beaufort, qui surplombe l'extrémité sud de la vallée de la Bekaa, au Liban, tombe en 1268 aux mains de Baybars, aidé par des ingénieurs militaires de tout premier plan. Ces derniers assemblent 26 engins de siège. (Trébuchets, Mangonneaux, tours de siège…). Les cadres en bois et les pièces métalliques achetés à des marchands vénitiens arrivent par bateau dans les ports égyptiens. Dans ce cas précis, les Templiers ont été dépassés par la technologie. Mais, deux ans auparavant, Baybars s'est emparé du château templier de Saphet (Safed) à cause d'une trahison.

 

Tentative de retitution du château de Safed. Temple de Paris
Tentative de restitution du château de Safed.

Saphet est le château du nord de la Galilée dont la reconstruction a coûté une fortune aux Templiers moins de trente ans plus tôt. Le jeu en vaut la chandelle car l'édifice leur permet de se protéger contre les attaques de bédouins et des Turcs qui franchissaient auparavant le Jourdain impunément. Les commerçants peuvent acheminer en toute sécurité leurs bêtes de somme et chariots entre Acre et la Galilée, les fermiers cultiver leurs terres sans danger et les pèlerins se rendre librement sur les sites associés à Jésus.

 

Les sources musulmanes reconnaissent son efficacité en décrivant Saphet comme "une obstruction dans la gorge de la Syrie et un blocage dans le poitrine de l'islam", jusqu'à ce que Baybars provoque sa chute en 1266. Il y parvient non pas en lançant une attaque (stratégie qu'il a adoptée en vain à trois reprises cette année-là), mais en semant la zizanie entre la petite garnison de Templiers et le groupe, beaucoup plus étoffé, de serviteurs et soldats syriens chrétiens en poste à l'intérieur. Il promet la liberté de passage à ces derniers, dont un si grand nombre souhaite s'enfuir, que la défense du château est mise à l'épreuve. Les Templiers acceptent de négocier et un sauf-conduit est mis en place pour les chevaliers templiers et les locaux. Mais, lorsque les portes s'ouvrent, Baybars capture tous les enfants et les femmes pour les vendre comme esclaves et décapite tous les chevaliers et autres hommes.

La volonté de la garnison de Templiers de Saphet de négocier illustre un autre facteur. Ce sentiment d'être isolé et pris en étau semble avoir joué un rôle crucial dans la chute, orchestrée par Baybars, de Chastel Blanc (Safita) et du Krak des Chevaliers des Hospitaliers à deux mois d'intervalle, en 1271. Ces deux châteaux se trouvent dans le djebel Ansarieh, chaîne de montagnes située entre la mer et l'intérieur des terres. Mais ces deux édifices se sont retrouvés de plus en plus isolés face à la progression musulmane. Le maître templier de Tortose juge peut-être également préférable de  concentrer ses forces sur la côte. Toujours est-il qu'il ordonne l'évacuation de Chastel Blanc.

De même, le Krak des chevaliers n'est pas pris mais abandonné. Les Hospitaliers ne trouvent plus suffisamment d'hommes pour peupler les rangs de sa garnison. En raison de maigres renforts en chevalier hospitaliers, l'attente se mue en un terrible enfermement. Après un mois de siège, Baybars envoie un faux message, prétendument envoyé par leur maître de Tripoli, les pressant de se rendre. Leurs défenses et provisions pourraient leur permettre de tenir pendant des années, mais ils ont peut-être l'impression que le Krak part à la dérive face à une marée musulmane irrésistible. Usés, abattus et découragés, les Hospitaliers acceptent le 8 avril 1271 l'offre de sauf-conduit jusqu'à la mer proposée par Baybars.

 

Les possessions des Templiers le long de la côte tomberont également dans les vingt années qui suivent, marquant la fin d'une aventure de deux cents en Terre sainte.

Krak des chevaliers - 2013. Temple de Paris
Krak des chevaliers - 2013.

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